La Perle Fullproof A1710

le

Difficile de ne pas être sensible à la cire d’un jaune chaleureux qui encapsule la Cuvée Perle Fullproof de la Compagnie du Rhum quand, comme moi, on voit les odeurs en couleur. Le geste même que Philippe exécute émotion, évoque la chaleur… Une flamme sur la lame et celle-ci ne tranche plus mais glisse autour du goulot comme dans du beurre.

Moi qui m’attendais à du Soleil en bouteille, je n’ai pas été déçue. La profondeur pâtissière et cuivrée tellement caractéristique des blancs d’A1710 est bien là, avec en sus une touche de miel et une note blanche, de fleur probablement. Les esters sont fins et légers, et on est plongé dans un paysage familier sans être connu, c’est de la fraîcheur certes, de la canne oui. Mais pas celle qu’on connait, humide et verte dans le champ après la récolte.

Une image se forme derrière mes yeux clos : la main plongée dans le sable blanc, jusqu’au poignet pour atteindre les couches profondes que le soleil battant n’a pas touché, j’en sors une poignée que j’égraine lentement entre mes doigts. L’air réchauffe la main et le sable la rafraîchit. Et ce paysage là habite uniquement le bouquet!

J’approcherais la bouche avec prudence imaginant que l’on ne goute pas 67,2° avec hâte. Pourtant, la flamboyance est secondaire, après une attaque délicate et miellée et portée sur les agrumes. Mais quelle flamboyance, quand le rhum s’ouvre en bouche et déploie ses accents anisés ! Je n’ose imaginer le coup de soleil au palais, si j’avais pris le temps de givrer le rhum avant de le servir, rajouter de l’onctuosité à ce jus divin…

La finale penche sur les épices, pour revenir sur le zeste de citron et la salinité. Rayon de lumière cachés par les nuages, les watts qui s’étaient cachés dans la complexité aromatique se révèlent dans le fonds de verre. Je sortirai de cette balade dans les cannes Roseau perchées sur les parcelles de La Réunion, au François, comme d’une virée en mer un jour de pluie, heureuse et languide, avec une envie d’encore.