C’est une émotion particulière que de découvrir d’anciens spiritueux. Ce Montebello 1948 a été l’une de ces expériences. Flashbacks d’une Guadeloupe qui peine à se remettre de la Seconde Guerre Mondiale. Comme un voyage vers un temps que l’on ne peut se réjouïr de n’avoir pas vécu.
Auteur/autrice : Rumantics_lady
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Deuil et rituels
Mon cousin s’est marié en grandes pompes quand j’avais une vingtaine d’année. La famille au complet était réunie pour une fête somptueuse. Mon oncle, qui est décédé la semaine dernière est un amateur de bonnes choses. Et il avait réservé une table du bar au rhum. C’était une bouteille de JM, avec une étiquette en cuir je crois, je n’en suis plus sure. Il y avait surtout des tout petits, très jolis verres et très fins. Et j’en ai été surprise parce que seuls mes oncles et mes cousins s’en servaient.
Je lui en ai demandé aussi, je voulais gouter le rhum avec eux, partager leur silence content, toucher ces verres que je n’avais jamais vu auparavant. Cela a fait les gorges chaudes de la famille m’a dit ma mère, scandalisée. J’ai demandé du rhum!
Mon oncle nous a quittés samedi. J’ai retrouvé les verres dans la vitrine de ma tante. J’ai une étiquette de cuir dans ma collection. Une boucle est bouclée et sans Rumantics, je ne l’aurais pas su. Je n’aurais jamais réalisé le potentiel de ce moment de vie anodin et la façon dont les liens se tissent entre nous. Sans mots, autour d’un verre.
Trois gouttes pour le mort. Aujourd’hui, il repose aux pieds de la veille dame, pelée.
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Cadeau imprévu
Je joue. Je fais parfois, souvent, des expériences avec les sens et les mots des autres. Tenez par exemple, une dégustation à l’aveugle avec des novices.
Hier soir, je cherchais à déterminer si à la dégustation des amis parviendraient à identifier le rhum guadeloupéen qu’ils connaissent. Reconnaître. Il y a dans cet exercice à cheval entre le sensible et le mental quelque chose qui se joue.
Hier soir, Thierry « façonneur de mots », marqueur de parole m’a offert celle-ci :
Ce rhum là qui vient me chercher dans les entrailles, qui me ressemble, mais qui n’est pas moi.
Je ne saurais dicter ce qu’il y a entendre dans ces mots là. Je ne peux que vous livrer dans le murmure numérique de ces pages la certitude qui m’anime. Vous dire que nommer c’est posséder.
Quand les mots me manquent, quand j’ai l’impression que la rumance s’epuise, je la retrouve perchée sur le bord de vos lèvres.

